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  Actualité - Zoom sur L’Affaire Claustre/Polge

Il est des affaires judiciaires qui abreuvent abondamment les sillons journalistiques au nom d’on ne sait quelle mode, lobbyisme ou emballement médiatique, et d’autres dont on ne fait que peu de cas, qui dorment, en gros dossiers poussiéreux dans les arrières cours de la grande machine à juger, à condamner. Aussi étrange que cela puisse paraître, l’Affaire Claustre/Polge n’a jamais eu une ligne dans la Presse nationale avant un article récent dans France Soir, c’est à dire près de 8 ans après les faits. Quels sont donc les tenants et les aboutissants de ce fait divers tragique, pourquoi a-t-il été assez point nié dans les Médias et jugé de manière aussi expéditive par la Justice française ?

Un jeune homme désemparé

Patrice Claustre est un jeune homme doux, un peu rêveur et artiste, qui décide de quitter sa famille à 18 ans après le douloureux décès de son père. Il est en quête de sens, il se cherche un ailleurs.

A Paris, quelques semaines plus tard il rencontrera, par le plus grand des hasards, un homme plus âgé que lui, bel homme élégant et bien élevé. C’est un certain Philippe Polge, un homme issu de la bonne bourgeoisie marseillaise, avec lequel il sympathise. Une grande confiance réciproque s’installe aussitôt.

Très vite les deux hommes deviennent amis, un rapport filial s’instaure même rapidement entre eux même si au départ une sorte de coup de cœur assez ambigüe naît. Philippe Polge travaille pour une grande société informatique et vit une partie de la semaine à Paris mais aussi en alternance dans un grand appartement de famille situé au sein d’un beau quartier de Marseille avec sa sœur Geneviève. Il est célibataire et n’a pas d’enfants.

Sachant Patrice Claustre dans une situation précaire et ne sachant pas où aller, Monsieur Polge propose au jeune garçon se s’installer à Marseille. Ce dernier y restera près de 17 ans, rendant de nombreux services, s’occupant de la sœur âgée de Philippe Polge, vivant une existence simple, assez renfermée, étant coupé de sa propre famille qui pourtant continue à lui envoyer une somme d’argent fixe par l’intermédiaire d’un compte bancaire.

Quelques semaines avant l’an 2000, Patrice redonne des nouvelles à sa mère et sa sœur par l’intermédiaire d’un coup de fil, il ignore que ces dernières savent parfaitement où il habite et s’enquirent régulièrement de sa santé et de son bien être.

24 février 2000 : un Drame sordide

Le 24 février 2000, vers 13 heures, Patrice Claustre découvre avec effroi le corps ensanglanté et sans vie de son ami Philippe Polge, dans l’appartement marseillais de celui-ci . Il s’agit d’une meurtre particulièrement violent : 22 coups de chandelier ont été porté à la tête, deux coups de couteau donnés, dont un mortel. Pris de panique, il alerte le voisinage et appelle la police qui arrive une heure et demie après.

Seule personne sur les lieux, Patrice Claustre est immédiatement suspecté et mis en garde à vue le jour même, puis incarcéré.

Une enquête commence alors, qui a ce jour n’a jamais véritablement abouti. Les policiers découvrent rapidement que la victime avait une double vie tant au niveau professionnel qu’au niveau affectif, qu’il était allé jusqu’à cacher à ses proches qu’il avait perdu son emploi à Paris depuis deux ans, qu’il avait aussi des problèmes financiers. On apprend aussi que Philippe fréquentait assidument et de manière obsessionnel les prostitués homosexuels de la gare Saint Charles. Une homosexualité impossible à avouer et à assumer dans son milieu bourgeois.

Sur les lieux du crime, aucune empreinte digitale ni ADN ne permettent d’incriminer Patrice. Bien au contraire, on fait apparaître deux ADN inconnus et distincts, en particuliers sur un cheveu trouvé dans la main de la victime. Des voisins ont vu Patrice affolé appeler les secours de son balcon, et affirment avoir aussi aperçu un autre individu seul sur ce même balcon quelques instants après.

Compte tenu de l’absence de véritables charges contre le suspect, la Juge d’Instruction remet Patrice en liberté le 13 juin 2000, sous contrôle judiciaire : il est libre mais toujours en examen.

Quelques jours plus tard, les services de police mettent la main sur le témoin du drame, un certain Stéphane, qui se serait prostitué le jour du crime et aurait assisté à une scène de jalousie entre les deux amis, et vu Patrice avec un couteau. Il raconte même avoir été menacé par le meurtrier. Un gros inconvénient à ce témoignage : Stéphane ne reconnait pas Patrice. Par contre, il reconnait son pull over sur la photo qui lui est présentée. Non pas un pull over rouge, mais un tricot à losange comme il en existe des milliers. Un autre inconvénient : le témoin est invalide mental à 80% et la fiabilité de sa mémoire n’est plus qu’un souvenir.

L’enquête se poursuit, sans résultat probant, jusqu’au 18 juin 2004, date à laquelle la Juge d’Instruction met Patrice en accusation pour meurtre. La défense réplique et obtient de la Chambre d’Instruction le 29 septembre, non pas un non lieu, mais un complément d’enquête. Le dossier est confié à un autre magistrat instructeur. Le complément d’enquête ne donnera rien et le fameux témoin, Stéphane, disparait dans la nature. Le Procureur n’en reste pas là. Un crime ne doit pas rester impuni, et le 15 mars 2006 il obtient de la Chambre d’Instruction que l’affaire soit soumise à l’intime conviction d’un jury d’Assises. La Cour d’Assises n’est pas tenue de justifier ses décisions. Les jurés n’ont pas besoin de preuves, ni d’aveux, ni de témoins, ni de mobiles.

Leur intime conviction, en leur âme et conscience, leur a suffi pour condamner Patrice Claustre à douze ans de réclusion criminelle, c’est à dire une condamnation d’une peine "entre les deux" où la cour a de gros doutes sur la culpabilité.

Vers une révision de procès ?

Très bientôt la Cour de Cassation va devoir statuer dans cette Affaire. Un suspect qui entre en prison, qui en ressort, puis qui y entre à nouveau, cela parait complètement incohérent. Pendant ce temps, un assassin se promène en liberté en toute impunité, puisqu’un condamné criant son innocence occupe sa place en prison. La recherche de la vérité serait-elle devenue vaine dans ce pays ?

Aujourd’hui Patrice Claustre est emprisonné à Draguignan et n’a plus que l’appui des siens, de son avocat maître Gilbert Collard et l’espoir pour garder confiance. Il est dans une situation tragique ainsi que tous ses proches.

Patrice Claustre est à la fois la victime de la grande et inhumaine machine judiciaire et des préjugés de la Société. C’est sa différence d’esprit libre et original qui l’a mis en prison, plus une suspicion infondée d’homosexualité à ce jour totalement infondée et le fait de s’être trouvé au mauvais endroit au pire moment font qu’un individu qui peut très bien être totalement innocent croupit, en ce moment, derrière des barreaux et ce depuis trop longtemps.

http://www.claustre-patrice.com

 

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